Le Québec ne manque pas d’entreprises. Il risque de manquer de repreneurs.

Le Québec ne manque pas d’entreprises.

Il risque plutôt de manquer de personnes prêtes à les reprendre.

Depuis plusieurs années, le débat public porte principalement sur la création de nouvelles entreprises, l’innovation et les jeunes pousses. Pourtant, un défi tout aussi stratégique prend de l’ampleur : la transmission des PME existantes.

Des milliers de propriétaires approchent de la retraite, tandis que le bassin d’entrepreneurs diminue année après année. Si rien n’est fait, des entreprises viables, rentables et bien enracinées dans leur communauté pourraient disparaître, non pas faute de clients ou de rentabilité, mais simplement parce qu’aucun repreneur n’aura pris la relève.

Cette réalité représente à la fois un défi économique… et une occasion unique.

Une réalité qui ne peut plus être ignorée

Le gouvernement du Québec vient de publier l'édition 2026 de Les entrepreneurs du Québec en chiffres, un portrait qui confirme plusieurs tendances préoccupantes.

Le nombre d'entrepreneurs avec employés est passé d'environ 163 000 en 2019 à seulement 123 000 en 2025, soit une diminution d'environ 25 % en seulement six ans.

Pourtant, le nombre d'entreprises poursuit sa croissance.

Le Québec compte aujourd'hui près de 234 000 entreprises actives, un sommet historique. Le paradoxe est frappant : nous avons davantage d'entreprises… mais moins d'entrepreneurs pour les diriger.

Comme le souligne le ministère dans son introduction :

« Pas d'entrepreneur, pas d'entreprise. »

Un défi démographique avant tout

Cette situation s'explique largement par le vieillissement des entrepreneurs québécois.

Aujourd'hui :

  • près de 37 % des entrepreneurs ont 55 ans ou plus;

  • l'âge moyen d'un entrepreneur québécois approche 50 ans.

Autrement dit, une proportion importante des dirigeants actuels pourrait quitter le marché au cours de la prochaine décennie.

Chaque départ soulève une question fondamentale :

Qui prendra la relève?

Plus d'entreprises, moins d'entrepreneurs

Le phénomène est encore plus intéressant lorsqu'on observe l'évolution du nombre d'entreprises.

Le ministère explique que la baisse du nombre d'entrepreneurs ne signifie pas une baisse du nombre d'entreprises. Au contraire.

Les entreprises continuent d'augmenter, mais elles sont détenues par un nombre de plus en plus restreint d'entrepreneurs, ce qui entraîne une concentration accrue de la propriété entrepreneuriale.

À long terme, cette tendance soulève plusieurs enjeux :

  • diminution du renouvellement entrepreneurial;

  • concentration des centres décisionnels;

  • difficulté accrue à assurer les transferts d'entreprises;

  • risque de fermeture de PME pourtant rentables.

Le repreneuriat : un levier économique sous-estimé

Pendant longtemps, l'entrepreneuriat a été associé presque exclusivement à la création d'entreprise.

Pourtant, reprendre une entreprise existante constitue souvent un parcours beaucoup moins risqué.

Le repreneur bénéficie notamment :

  • d'une clientèle existante;

  • d'une équipe déjà en place;

  • de revenus récurrents;

  • d'une réputation établie;

  • d'un historique financier permettant un meilleur accès au financement.

En parallèle, les emplois sont préservés, le savoir-faire demeure au Québec et les fournisseurs conservent leurs relations d'affaires.

Il ne s'agit donc pas uniquement d'un projet individuel.

Il s'agit également d'un enjeu collectif.

L'immigration entrepreneuriale peut faire partie de la solution

Face à cette réalité, le Québec dispose déjà d'un outil particulièrement intéressant : le Programme des entrepreneurs – Volet 3, consacré à la reprise d'entreprise.

Contrairement à plusieurs idées reçues, ce programme ne vise pas uniquement l'immigration.

Il vise aussi le maintien de l'activité économique québécoise.

Le principe est simple.

Un entrepreneur étranger expérimenté acquiert une participation majoritaire dans une entreprise québécoise et s'engage à assurer sa continuité, avec l'accompagnement obligatoire d'un organisme spécialisé en repreneuriat.

Cette approche permet simultanément :

  • d'assurer la relève d'une PME québécoise;

  • de préserver des emplois;

  • d'attirer du capital privé;

  • d'accueillir des entrepreneurs possédant déjà une expérience concrète en gestion.

Dans un contexte où le bassin local d'entrepreneurs diminue, cette complémentarité mérite d'être pleinement reconnue.

Pourtant, le Québec entreprend moins que le reste du Canada

Le rapport gouvernemental révèle également une autre réalité.

Le taux d'entrepreneuriat demeure plus faible au Québec que dans le reste du Canada, une tendance qui perdure depuis plusieurs décennies.

Autrement dit, le défi ne concerne pas seulement le nombre d'entrepreneurs.

Il concerne aussi la capacité du Québec à renouveler durablement son écosystème entrepreneurial.

Une réflexion collective

Il serait réducteur de croire que l'immigration entrepreneuriale constitue la seule réponse.

Bien au contraire.

Le Québec doit continuer à :

  • encourager l'entrepreneuriat local;

  • soutenir les transferts familiaux;

  • favoriser la relève interne;

  • stimuler les jeunes entrepreneurs.

Mais il serait tout aussi dommage d'ignorer l'apport que peuvent représenter des entrepreneurs internationaux qualifiés, prêts à investir leur capital, leur expertise et leur expérience dans des entreprises déjà bien implantées au Québec.

Les défis démographiques exigent des solutions diversifiées.

Le repreneuriat en fait partie.

L'immigration entrepreneuriale aussi.

Conclusion

Le Québec n'a jamais compté autant d'entreprises.

Pourtant, il n'a jamais été aussi important de s'assurer qu'elles trouvent un repreneur.

Préserver une entreprise existante, ce n'est pas simplement sauver un bilan financier.

C'est préserver des emplois.

Maintenir un siège social.

Conserver un savoir-faire.

Faire vivre une communauté.

À mesure que les départs à la retraite s'accélèrent, la véritable question n'est peut-être plus :

« Devons-nous encourager le repreneuriat? »

Mais plutôt :

« Pouvons-nous nous permettre de ne pas le faire? »

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